Le stock d’IDE de l’Indonésie stagne à 24 % du PIB malgré des flux d’investissements dynamiques (plus de 20 Mds entrant en 2017 et 2018). L’industrie demeure le secteur attirant le plus les investisseurs étrangers contrairement au secteur de  l’extraction de ressources naturelles. Les pays asiatiques (ASEAN, Japon, Corée et Chine) détiennent la majeure partie du stock investissements, suivis de près par l’Union-Européenne et les Etats-Unis.

Invest

Des investissements étrangers dynamiques mais insuffisants

Après la crise de 1997-1998, les entreprises étrangères en Indonésie avaient largement désinvesti avant de revenir dans le pays à partir de la fin des années 2000.  Entre 2008 et 2012 le stock d’investissements étrangers en Indonésie a presque triplé (de 72 à 211 Mds USD). Toutefois, depuis cette date, les flux et les stocks stagnent, s’élevant respectivement à 17 Mds USD et 230 Mds USD en moyenne sur les 5 dernières années. L’épargne domestique et les ressources fiscales étant faibles, et l’emprunt faisant peser un risque sur la balance des paiements, il est impératif pour l’Indonésie d’accroître les investissements étrangers (en 2018, le stock d’IDE représentait  24% du PIB, taux le plus faible en ASEAN).

L’Indonésie se classait 16ème pays ayant reçu le plus d’IDE en 2018, enregistrant des flux supérieurs à 20 Mds USD pour la seconde année consécutive. Ils ont cru de 6,8% entre 2017 et 2018, soit plus vite que la moyenne des pays d’Asie du Sud-Est (3%). Les perspectives d’investissements futurs sont également positives ; les annonces de projets greenfield ont augmenté, à 133 (120 en 2017). Le pays demeure le deuxième principal destinataire d’IDE en ASEAN après Singapour. Toutefois, il ne bénéficie pas autant que ses voisins  des délocalisations en provenance de Chine et consécutives à la guerre commerciale avec les Etats-Unis (290 annonces de projets greenfield au Vietnam, annonces en hausse de 30% au Cambodge, 45% aux Philippines, 54% en Thaïlande). Le gouvernement a exprimé sa détermination à poursuivre les réformes pour améliorer l’attractivité du pays (72ème au classement Doing Business). Il existe des zones économiques spéciales où les étrangers peuvent investir sans contrainte et des programmes d’abattements fiscaux mais les restrictions à l’investissement (liste négative d’investissements, DNI), la bureaucratie et l’instabilité réglementaire sont des freins persistants.

 

IDE Indonésie

Source: CNUCED

... qui se détournent progressivement vers des secteurs à plus forte valeur ajoutée ...

L’industrie et les matières premières (minerais et hydrocarbures) sont les secteurs traditionnels d’investissements étrangers. En 2018, l’industrie concentrait toujours la majorité des flux d’IDE, ayant reçu 12,9 Mds USD (50% des flux entrants). Les investissements y sont par ailleurs dynamiques, enregistrant leur troisième hausse consécutive supérieure à 30%. Ils ciblaient principalement les industries sidérurgique, chimique et pharmaceutique, électronique et agroalimentaire. En revanche, ces dernières années, les flux d’IDE dans le secteur minier étaient en perte de vitesse (2,5 Mds USD en moyenne entre 2010 et 2015, -1 Md USD en moyenne depuis) en raison d’importants désinvestissements liés à la volonté de l’Indonésie de reprendre le contrôle sur ses ressources naturelles.

Depuis 2010, de nouveaux secteurs d’intérêt se sont affirmés: le commerce de gros et de détail (+85% par an en moyenne depuis 2015), l’agriculture (2,4 Mds USD par an en moyenne après 2010) et les transports et la communication (1,8 Mds par an en moyenne). L’attractivité de ces secteurs s’explique par la hausse du niveau de vie de la population et de la consommation et par le cours élevé des matières premières agricoles produites par l’Indonésie (huile de palme, caoutchouc, café, cannelle etc.) jusqu’à 2019. Le bouillonnant secteur numérique indonésien, suscite aussi l’intérêt marqué des investisseurs étrangers : la licorne indonésienne Tokopedia a levé plus d’1 Md USD en 2018 auprès notamment d’Alibaba et SoftBank Vision.

 

... et sont principalement originaires des pays  de la zone Asie Pacifique

L’ASEAN (Singapour pour l’essentiel) et l’Union Européenne sont les principaux détenteurs d’IDE en Indonésie. Le stock d’IDE des pays de l’ASEAN était supérieur à 75 Mds USD en 2017, soit 31% du total des IDE. En flux, l’ASEAN est aussi le premier investisseur avec 11,6 Mds en 2018 (53% des flux totaux), en hausse de 14% par rapport à 2017. Singapour canalise la majorité de ces investissements, c’est le premier investisseur en stock (58 Mds USD en 2017, 77% des IDE de la région et 24% du total) comme en flux (10 Mds USD, 47% des flux totaux). De nombreux investissements à destination de l’Indonésie y sont réalisés dans des holdings bénéficiant d’un environnement juridique et fiscal plus favorable, parfois même de la part d’investisseurs indonésiens (possèdent 0,1% des stocks d’IDE dans leur propre pays). En tant qu’investisseur ultime, Singapour est aussi le premier investisseur avec 17% des IDE. La Malaisie et la Thaïlande sont les deux autres principaux pays investisseurs d’ASEAN avec des stocks respectifs de 14 et 4 Mds USD en 2017. Les pays membres de l’UE comptabilisaient quant à eux un stock d’investissement de 72 Mds USD (30% du total) fin 2017. Les stocks européens sont à 90% détenus par le Royaume-Uni et les Pays-Bas. Les Pays-Bas jouent eux aussi un rôle de plateforme financière avec 18% des stocks en tant qu’investisseur direct (44 Mds USD), contre 8% en tant qu’investisseur ultime. Le stock d’IDE du Royaume-Uni en Indonésie était de 21 Mds USD en 2017, soit 9% du total. En 2018, le premier investisseur européen en flux était l’Allemagne (9ème en stock) avec 590 M USD, devant les Pays-Bas avec 460 M USD.

La présence d’investissements japonais et américains est ancienne. La relation privilégiée que les Etats-Unis entretenaient avec l’archipel s’érode face au poids des investissements chinois. Le stock d’IDE chinois (incl. Hong-Kong) a connu une hausse fulgurante (passant de 4 Mds USD en 2010 à 14 Mds en 2017) grâce à des flux dynamiques (+37%/an en moyenne). Le pays était ainsi le 6ème investisseur en stock, et le 3ème en flux en 2018 (3,3 Mds USD). Ces dernières années, le groupe Tsingshan a développé un grand complexe sidérurgique en Sulawesi pour s’approvisionner en acier et en nickel. En 2018, 24% des investissements chinois étaient destinés à ce secteur ; le reste a été réalisé dans la production d’énergie (25%) et les transports (23%). Dans le cadre de l’initiative Belt and Road, l’Indonésie a proposé à la Chine d’investir dans les secteurs de la logistique, de la transformation de matières premières et du tourisme dans des régions périphériques prédéterminées. Les États-Unis possédaient le 3ème plus important stock d’IDE en Indonésie en 2017 après l’UE et Singapour (17% du total) affecté principalement à l’industrie et à l’extraction. Le non-renouvellement des concessions de Chevron et la cession de Freeport devraient impacter  ces chiffres à l’avenir. Le Japon est aussi un partenaire industriel historique, présent particulièrement dans le secteur automobile (10 usines, une capacité de production de près de 2 millions d’unités), dans la production électrique et dans l’électronique. C’est le 4ème détenteur d’IDE en stocks (11%) et les flux annuels d’investissements se sont élevés à 4 Mds USD en moyenne ces 5 dernières années. Un autre acteur asiatique majeur est la Corée du Sud avec un stock d’IDE équivalent à 2% du stock total en 2017.

 

stocks d'IDE par investisseurs

Source : FMI, CNUCED

flux d'IDE par investisseurs

Source : Bank Indonesia

 

La France est un important investisseur en Indonésie (ce que ne reflète pas notre rang de 19ème en termes de stock d’IDE)

Nos investissements sont fortement axés sur l’industrie manufacturière et les industries extractives. Selon la CNUCED, en 2017, la France était l’investisseur ultime pour 1,3% du stock total d’IDE de l’archipel. Les statistiques extrêmement basses des stocks, à 0,8 Md USD en 2017 selon le FMI et 0,3 Md € en 2018 selon  la Banque de France[1]  ne nous paraissent pas refléter la réalité des investissements français dans l’archipel. Nos entreprises possèdent de nombreux sites industriels en Indonésie (ex : 20 pour Danone, 3 pour Schneider) ; par ailleurs, ces dernières années, par exemple, Michelin et Engie ont investi massivement dans le pays et Saint-Gobain a ouvert plusieurs nouvelles usines. De nombreuses entreprises de services sont aussi présentes en Indonésie, en particulier dans le secteur financier : Axa est leader local de l’assurance et BNP a augmenté ses activités en 2018.

Stocks et flux d'IDE français en Indonésie
 
Source : Banque de France
 
 
 
 
 
 

[1] Les données de la Banque de France pour 2018 indiquent un stock de 278 millions d’euros. Ce chiffre n’est pas tiré des enquêtes sur les investissements directs annuelles de la Banque de France (contrairement aux données des années antérieures). Il s'agit d'estimations basées sur les stocks de l'année précédente, augmentées des flux et tenant compte des variations liées à l'évolution des taux de change. La répartition sectorielle de nos investissements selon la Banque de France manque aussi de cohérence pour 2018: stocks négatifs pour le secteur manufacturier et les services, positif uniquement pour les industries extractives et la construction.